Sotchi 2014

 

09 Juin 2011Spectrezine

 

La France a signé un contrat qui vise à détruire une nature encore vierge au Caucase russe.

Les défenseurs russes de l'environnement s'opposent fermement à l'articulation du projet, nommé Peak 5642.

 

Cette semaine, le président de la France Nicolas Sarkozy a promis d'aider le gouvernement russe dans son projet visant à développer le Caucase du Nord en construisant toute une série de stations de ski, ce projet devenant un "une des priorités du partenariat stratégique entre les deux pays."

 

Les médias russes indiquent que l'investissement de la France dans le projet pourrait s'élever jusqu'à 2 milliards de dollars.

 

Le projet, dans sa forme actuelle, appelé Peak 5642, serait financé par des sociétés françaises, et participerait à la destruction de l'environnement (ce qui est illégale selon les normes russes et internationales).

 

Quatre des cinq stations de ski qui sont prévues dans le cadre du projet sont situées en partie dans des réserves naturelles strictement protégées, où tout type de développement est interdit. Par ailleurs, la station de la région de Adygea, appelée Lagonaki, est prévue à l'intérieur du site du patrimoine mondial " Caucase de l'Ouest " protégé par l'UNESCO. La construction violerait les normes internationales et les recommandations du Comité du patrimoine mondial, qui a déclaré le 30 Juillet 2010 que tout développement d'infrastructures à l'intérieur de ce site doit être arrêté et tous les plans de développement touristique abandonné ( page 45 ).

 

La décision de la France de participer à des projets de station dans le Caucase du Nord va inciter le gouvernement russe à amender la législation existante qui protège les réserves de la Russie, et à violer les recommandations de l'UNESCO.

 

"Surveillons l'environnement sur le Nord-Caucase" et d'autres organisations non gouvernementales en Russie prendront toutes les mesures nécessaires pour stopper ces projets et demanderont l'aide de leurs partenaires européens et leurs collègues dans les parlements français et européens. Auparavant la participation de la société française Vinci dans le projet de route controversé à travers la forêt Khimki dans la région de Moscou a conduit à un scandale qui se poursuit du conflit entre la société civile russe et les structures gouvernementales.

 

 

09 Mai 2011La Tribune de Genève

 

JO de Sotchi : Les écologistes crient au désastre environnemental

 

A moins de trois ans des jeux Olympiques d’hiver 2014 à Sotchi, la Russie met les bouchées doubles pour être prête à temps, mais les écologistes dénoncent un désastre environnemental pour cette région du Caucase baignée par la mer Noire.

 

Dmitri Kozak, le vice-Premier ministre chargé de superviser ce chantier capital pour l’image de la Russie, a récemment fait son rapport au chef du gouvernement, Vladimir Poutine: les travaux sont achevés à 70% dans la ville balnéaire et les montagnes qui la surplombent.

Mais les habitants et les écologistes jugent le coût environnemental de ce chantier bien trop élevé pour les écosystèmes fragiles de la zone.

Les dégâts sont pire encore que ce que nous craignions au début ", dit Souren Gazarian, de l’Observatoire de l’environnement du Caucase du Nord, une ONG régionale qui continue de surveiller les travaux après que Greenpeace et le WWF eurent annoncé qu’ils renonçaient l’année dernière.

 

Berges souillées 

«Les équipes de construction font ce qu’elles veulent, et ce site en est un bon exemple», dit M. Gazarian, longeant le cours d’une rivière aux berges souillées d’une boue qui ressemble à du goudron dans le parc national de Sotchi.

Une coulée venue d’une décharge sauvage plus haut dans la montagne a traversé le parc en janvier et déversé dans la rivière les résidus de la construction d’un tunnel.

"Déverser des milliers de tonnes de déchets sur une pente en surplomb n’est pas une bonne idée, mais c’est pratique, et personne ne peut l’empêcher", dit Souren Gazarian, prélevant un échantillon de la boue noire pour l’analyser.

Le ministère de l’Environnement a jugé la décharge "inadmissible" l’année dernière, mais il a fallu dix jours pour arrêter les déversements. Selon M. Gazarian, le temps pressant, il y a en fait "un ordre non dit de ne pas intervenir".

 

" Nous risquons nos vies " 

Les habitants du village voisin d’Akhchtyr soulignent que la décharge n’est pas le seul danger du chantier d’autoroute qui doit relier l’aéroport de Sotchi aux sites olympiques dans les montagnes, pour 5 milliards d’euros.

"Nous risquons nos vies ici", dit le fermier Alexandre Koropov, dont la voix est couverte par le ballet des camions sur la route voisine.

Un habitant a été tué en mars par un camion en pleine nuit. Le chauffeur, qui n’a pu être retrouvé qu’après coup, ne s’était arrêté que pour pousser le corps dans un fossé. 

Sources détruites

Il y a un an, le village a perdu toute alimentation en eau potable après que le chantier de l’autoroute en a détruit les sources. Les écologistes soulignent que les dégâts auraient pu être réduits si leurs conseils avaient été écoutés, mais que beaucoup de projets ont été conçus dans l’urgence et le secret.

Dans la pratique, la plupart des chantiers sont entamés avant même que les services environnementaux russes ne donnent leur avis, théoriquement contraignant. Les militants sont particulièrement amers au sujet du chantier d’une voie ferrée qui a ainsi dévasté un parc côtier.

"C’était un des derniers coins de la côte où la nature était intacte", dit Gaïané Antonova, une membre de la Société géographique de Sotchi.

Elle montre de la route le cap Vidnyi, dont la côte escarpée couverte de pins était un paysage apprécié des promeneurs et des amateurs de plongée sous-marine. Le site est désormais une accumulation de déchets, de gravier et de blocs de béton.

 

Emmenée au poste


"La dernière fois que j’ai appelé la police, ils ont dit que la route était trop boueuse pour venir", dit Mme Antonova, qui a par la suite été emmenée au poste et accusée de troubles à l’ordre public.

"J’ai parfois l’impression qu’ils se moquent de nous, et choisissent le pire moyen disponible pour achever leurs chantiers", dit l’écologiste.

 

 

07 avril 2011 - Le Matin

 

Habitants de Sotchi: "Le CIO doit nous aider!"

 

S'estimant victimes d’expropriation, trois habitants de Sotchi sont venus jusqu’à Lausanne réclamer l’aide du CIO.

 

Dans la rue, on les prendrait pour de simples touristes russes. Mais Oleg, Youri et Parfena n’ont pas fait le voyage des bords de la mer Noire jusqu’à Lausanne pour admirer les Alpes et le «lac de Genève».

 

Si ces habitants de Sotchi sont venus jusqu’en Suisse, c’est parce qu’ils en ont assez. Assez de se heurter à l’administration russe qui, affirment-ils, leur a confisqué leurs terres ainsi qu’à une quarantaine d’autres propriétaires, pour y construire la gare et le parc olympique des Jeux d’hiver de 2014. Assez de voir rester sans réponses leurs multiples courriers de protestation adressés au siège du Comité international olympique (CIO).

 

Culot payant

Alors, Oleg, Youri et Parfena ont décidé de venir en personne alerter les dirigeants du CIO. La semaine dernière, la petite délégation s’est donc présentée au siège du comité, à Lausanne. Un culot qui a payé puisqu’elle a été reçue une heure durant par Pierre Ducrey, responsable des opérations sportives au CIO.

 

Mais les trois envoyés spéciaux de Sotchi le savent, cette rencontre est loin de signifier la fin de leurs ennuis. «En 2009, nous avons rencontré Jean-Claude Killy (président de la commission de coordination pour les Jeux olympiques d’hiver) et Gilbert Felli (directeur exécutif du Comité international olympique). Ils nous ont dit que nos droits seraient respectés, mais ce n’est pas le cas, raconte Youri Galevsky, ancien policier de 45 ans. Les autorités russes m’ont proposé un prix de rachat nettement au-dessous de celui du marché, et, surtout, ils m’offraient 20 000 francs suisses de moins qu’à mon voisin pour un terrain identique!»

 

Terrain à prix d’or

Avec un prix du mètre carré parmi les plus chers de Russie, le terrain à Sotchi vaut de l’or. Une nouvelle loi «olympique» adoptée par la Douma (la Chambre basse du Parlement russe) en 2007 facilite désormais les expropriations. Mais les trois propriétaires tiennent bon et ont fait recours devant la justice. «Le problème, c’est qu’il n’y a qu’un seul juge, déplore Oleg Korenev, 55 ans, ex-pilote de chasse. Et l’affaire traîne depuis deux ans et demi.»

 

Tout le contraire des travaux. En septembre 2008, une clôture surplombée de fils barbelés empêchant l’accès aux parcelles a été posée par Olympstroï, le consortium d’Etat chargé du chantier des Jeux, dénoncent-ils, photos à l’appui. «Nous demandons au CIO de nous aider, et qu’il intervienne auprès du gouvernement russe pour que l’on nous rende nos terres, martèle Oleg. Nous n’avons rien contre les Jeux, au contraire, mais nous réclamons simplement justice.»

 

«Nous reviendrons»

Au CIO, on dit prendre «très au sérieux la question des déplacements de personnes en relation avec la construction des sites olympiques». Et, affirme la cheffe des relations presse, Emmanuelle Moreau, les autorités russes ont garanti que «tous les déplacements nécessaires sont effectués dans le respect de la législation en vigueur».

 

Le Comité reconnaît toutefois que des «désaccords» existent entre certains habitants et les autorités, notamment dans le cas d’Oleg, Youri et Parfena, et des opposants qu’ils représentent: «Mais nous croyons savoir que des offres ont été présentées à ces personnes», poursuit Emmanuelle Moreau, précisant que le CIO a organisé plusieurs réunions entre les parties. Et d’ajouter que ces dernières «ont abouti à la résolution d’un certain nombre de problèmes».

 

Pourtant, lorsque nous demandons si, à Lausanne, on compte intervenir auprès des organisateurs russes, la réponse est sans appel: «Le rôle du CIO est de faciliter le dialogue et de réunir les parties concernées.»

 

Et la cheffe des relations presse d’ajouter que «nous rencontrons également les personnes qui nous sollicitent», comme cela fut le cas la semaine dernière, puis «en référons au comité d’organisation» local «Sotchi 2014». Pour la suite, prière de contacter ces derniers. A Sotchi, le discours ne diffère pas. Le comité d’organisation travaille en étroite collaboration avec les habitants et les autorités locales pour s’assurer que toutes les préoccupations sont traitées de façon adéquate, nous assure-t-on.

 

Oleg, Youri et Parfena ne l’entendent pas de cette oreille. «Si rien n’est fait d’ici à l’été, nous reviendrons à Lausanne, prévient Oleg. Mais cette fois, nous serons 40!»

 

 

17 Mars 2011Le Point

 

Stade des Cérémonies des JO de Sotchi 2014

 

Pour ceux qui n’arrivent pas à imaginer ce à quoi ressemble un stade démontable. Le journal « Le Point » publie la photo dans le numéro du 17 mars 2011 page 32.

 

Stade des Cérémonie des JO de Sotchi 2014
Cliquez sur l'article

 

Le stade Olympique " démontable " de Sotchi 2014 comporte 40.000 places sur deux sections d’estrades liées en forme de U. Son toit en deux parties est supporté par deux arches énormes couvrant chacune près de 20.000 places.

Voir le dossier Annecy 2018
Voir le dossier Annecy 2018

 

 

 

Le toit en une partie du " Théâtre de Cérémonie " du Paquier pour les JO d’Annecy 2018 devra quant à lui couvrir sous une seul arche géante 42.000 places.

 

Cela laisse présager une structure encore bien plus robuste et d'énormes ancrages en béton ( voir ci-dessous ).

Détail du Stade des Cérémonie des JO de Sotchi 2014

 

D'autres vue du Stade Olympique de Sotchi

 

21 Février 2011 - Le Matin

 

Trois skieurs abattus dans la région des JO de 2014

 

Les trois skieurs, originaires de Moscou, ont été abattus à l’arme automatique dans la république autonome de Kabardino-Balkarie. Une région située à quelque 300 km de Sotchi, dans l’instable Caucase du Nord.

 

Deux hommes masqués ont arrêté le minibus dans lequel ils circulaient avec trois autres skieurs. Ils ont ensuite ouvert le feu avant de prendre la fuite. Le meurtre des skieurs s’est produit au lendemain de l’inauguration par le président russe Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine d’une nouvelle piste de ski olympique à Krasnaïa-Poliana, une station proche de Sotchi.

 

L’attaque a été revendiquée par "L’Emirat du Caucase", le principal mouvement islamiste caucasien, qui a également revendiqué l’attentat suicide fin janvier à l’aéroport de Moscou-Domodedovo (36 morts) et celui du métro de la capitale russe en mars 2010 (40 morts).

 

Quelques heures plus tard, une explosion visant une remontée mécanique a provoqué la chute au sol de plusieurs télécabines, perturbant le fonctionnement de cette station de ski.

 

Un week-end mouvementé

 

Samedi, le maire d’un village en Kabardino-Balkarie a été tué par balles, et un policier a péri dans une attaque armée à Naltchik, capitale de cette république caucasienne.

 

Dimanche, la police à désamorcé trois bombes dans un véhicule stationné à l’extérieur d’un hôtel de la région. "A trois ans des Jeux de Sotchi, de nombreux touristes russes et étrangers peuvent se rendre compte que voyager en Russie et dans le Caucase du Nord n’est pas sans danger", relève le quotidien Vedomosti, dans un éditorial consacré à ces attaques.

 

Des attentats et des attaques visent quasi quotidiennement des responsables des forces de l’ordre dans les républiques du Caucase russe. Cependant, "c’est la première fois qu’un acte d’intimidation prend pour cible des touristes et l’industrie du tourisme", souligne Vedomosti, voyant dans ces événements "un signe très inquiétant pour le Caucase du Nord et toute la Russie".

 

1,4 milliard pour assurer la sécurité

 

"Le système de sécurité russe se concentre sur des points précis comme les carrefours routiers ou la sécurité des hommes d’Etat mais ne garantit pas la protection des voyageurs ordinaires", estime Vedomosti.

 

Après les incidents en Kabardino-Balkarie, les autorités russes ont déclenché une "opération antiterroriste" qui se poursuivait lundi dans deux districts de la région, un régime qui permet de limiter les déplacements et de multiplier les fouilles.

 

Fin janvier, au lendemain de l’attentat de Moscou, le président Medvedev a ordonné aux services secrets intérieurs d’accorder un "maximum d’attention" à la sécurité des Jeux de Sotchi, estimant que "les criminels, les bandits et les bas-fonds du terrorisme se préparent aussi" pour ces événements.

 

La Russie dépensera 1,4 milliard d’euros pour assurer la sécurité durant les Jeux olympiques d’hiver.

 

 

07 Septembre 2010 - Eurosport

 

 

03 Février 2011 - Le Monde

 

Courchevel-sur-Caucase

Sotchi et ses ordures

 

En matière d'innovation, le président Dmitri Medvedev voit loin. Essor des nanotechnologies, création d'un centre financier international, émergence d'une "Silicon Valley" : le maître du Kremlin a plus d'un projet dans sa manche. Le dernier en date est de transformer le piémont du Caucase, une région gangrenée par la guerre, le chômage et la corruption, en une zone touristique de luxe, avec stations de ski, hôtels, boutiques et restaurants. Le tout devrait être construit dès 2014, sur fond d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi.

 

Le calcul est simple. Chaque année, les "nouvorich" prennent d'assaut les stations de sport d'hiver les plus huppées des Alpes. Désormais, patriotisme oblige, ils devront skier russe ! En 2009, ministres et hauts fonctionnaires ont été mis au pas. A la Maison Blanche, siège du gouvernement, une directive du premier ministre Vladimir Poutine leur interdit d'aller skier à Courchevel, à Kitzbühel (Autriche) ou à Davos (Suisse). Même son de cloche au Kremlin, où chaque fonctionnaire doit annoncer sa destination de vacances.

 

Bientôt, plus besoin de directives, les touristes russes délaisseront d'eux-mêmes les Alpes au profit des cinq stations ultra-chics qui vont surgir sur les contreforts du Caucase, cette chaîne montagneuse décrite jadis par les Grecs comme "le pilier de l'Univers". Une fois le projet achevé - entre 2014 et 2020 -, 5 millions de visiteurs par an vont se ruer vers cette destination. Les hôtels ont été prévus en conséquence, avec une capacité d'accueil de 90 000 personnes.

 

Skier à Courchevel-sur-Caucase, pourquoi pas ? La "montagne des peuples" a un bon potentiel touristique : neige abondante, paysages d'une beauté à couper le souffle. Et puis les autochtones sont bien plus accueillants - et souriants - que les habitants du nord de la Fédération. D'ores et déjà, quelques stations modestes accueillent des touristes russes et étrangers, notamment sur les pentes du mont Elbrouz, qui culmine à 5 642 mètres.

 

Le gros problème, c'est le terrorisme. Depuis 1994, la région est en butte aux attaques et aux attentats de la rébellion islamiste, toujours aussi active malgré la "pacification" de la Tchétchénie après quinze années de guerre. En 2010, 900 attentats ont été recensés au nord du Caucase, dont 19 commis par des kamikazes. On imagine les descentes à skis sous les balles, les hélicoptères remplis de touristes soumis aux tirs des rebelles...

 

Heureusement, le Kremlin a tout prévu. Le luxe aidant, fini le terrorisme. 160 000 emplois vont être créés. Les rebelles islamistes troqueront leurs armes contre des tenues de maîtres d'hôtel, leurs femmes renonceront au voile pour le tablier de la soubrette. "Cela montrera que nous pouvons combattre la pauvreté et le terrorisme par le tourisme", a expliqué Dmitri Medvedev avant de s'envoler vers le forum économique de Davos.

 

Baptisé "Peak 5 642", en référence à l'Elbrouz, ce "plan Marshall pour le Caucase" a été présenté mercredi 26 janvier aux investisseurs du monde entier réunis dans la station suisse. Pour bâtir ce vaste Courchevel caucasien - du parc Lago-Naki en territoire Adyguée à celui de Matlas au Daghestan -, il faut un investissement de 17 milliards de dollars (12,3 milliards d'euros). Le gouvernement russe est prêt à mettre 2 milliards. Pour les 15 milliards restants, il compte sur les investisseurs étrangers.

 

L'accueil a été plutôt frileux. Le moment était mal choisi. Deux jours plus tôt, un attentat suicide, perpétré par un jeune homme originaire du Caucase, avait fait 35 morts et plus de 100 blessés à l'aéroport de Domodedovo, à Moscou. La piste d'un "wahhabi" russe (tenant d'un islam rigoriste), un certain Vitali Razdoboudko, 32 ans, est évoquée. Jusqu'ici, ce courant, lié à la guérilla, recrutait parmi les musulmans caucasiens. Maintenant, voilà qu'il fait des émules parmi la population russe orthodoxe.

 

"Aussi étrange que cela puisse paraître, cet événement tragique prouve que nous devons développer ce genre de projet. Une fois occupées, les populations ne seront plus poussées à commettre des actes aussi extrêmes", a expliqué Akhmed Bilalov, le chef de "Peak 5 642", envoyé par le Kremlin à Davos pour convaincre les hommes d'affaires occidentaux. Il en est sûr, les skieurs seront au rendez-vous : "Il y a toujours des amateurs de sensations fortes", a-t-il argumenté.

 

Le styliste italien Giorgio Armani est tenté. Sa société serait prête à construire un hôtel de luxe à Minvody, ville thermale du Caucase russe, située à moins de 200 kilomètres de Grozny. Le prix des chambres est décoiffant : 1 400 euros la nuit. A ce tarif, seuls les richissimes dirigeants locaux, tel le chef tchétchène Ramzan Kadyrov, pourront se permettre d'y séjourner. La clientèle nantie du palace Armani va-t-elle contribuer à faire reculer le taux de chômage (entre 70 % et 80 %) ?

 

Autre sujet d'inquiétude : la vétusté des avions qui assurent le transport entre Moscou et les grandes villes caucasiennes. Le plan ne prévoit pas le renouvellement du parc. Pour le moment, le billet est onéreux (de 350 à 400 euros pour un aller-retour) et la sécurité et le confort laissent à désirer : ceintures de sécurité cassées, sièges condamnés à la position allongée, repérage des toilettes à l'odeur. Bienvenue sur les pentes caucasiennes !

 

 

La ville russe de Sotchi, qui accueillera en 2014 les Jeux olympiques d'hiver, fait face à un énorme problème de gestion de ses déchets, selon un rapport de la Cour des comptes révélé mardi par le quotidien Vedomosti.

 

Selon ce document, aucune décharge légale n'existe dans cette ville de la mer Noire et la plupart des égouts se déversent dans la mer sans avoir été retraités. Et ce problème ne va que s'aggraver au fur et à mesure de l'avancée des travaux de construction des infrastructures olympiques.

 

"Au pic de la construction, nous aurons cinq millions de tonnes d'ordures dont on ne pourra légalement rien faire", a relevé l'auteur du rapport, Mikhaïl Odintsov, cité par Vedomosti

 

 

23 Septembre 2010 - Le Monde

 

JO de Sotchi : la Géorgie accuse la Russie de causer un dommage à l'Abkhazie

 

Le ministère de l'environnement géorgien a pointé, jeudi, un doigt accusateur sur les travaux de construction en vue des JO d'hiver à Sotchi en 2014. Ceux-ci seraient à l'origine d'un dommage écologique "irréparable" pour l'Abkhazie voisine, région séparatiste géorgienne pro-russe.

 

Dans un communiqué, le ministère précise que l'extraction en Abkhazie de"matériaux de construction comme des pierres ou du sable" va accélérer le processus de "dégradation de la côte" de la mer Noire. "Les Jeux olympiques doivent encourager la paix et l'amitié entre les nations sans causer de dommages écologiques irréparables", selon la même source. La Géorgie, confrontée à la Russie en août 2008 au cours d'un bref conflit armé pour le contrôle de l'Ossétie du Sud, une autre région séparatiste, s'est à maintes reprises opposée à la tenue des JO à Sotchi, à 25 kilomètres seulement de la frontière avec l'Abkhazie.

 

Ce n'est pas la première fois que le chantier des JO de Sotchi est critiqué quant à son impact écologique négatif. Déjà en mars, une mission de l'ONU avait regretté que les décisions visant à réduire l'impact environnemental des JO prennent "trop de temps". Début septembre, un rapport de la Cour des comptes révélé par le quotidien Vedomosti faisait état d'un énorme problème de gestion des déchets.

 

En effet, selon ce document, aucune décharge légale n'existe dans cette ville de la mer Noire, et la plupart des égouts se déversent dans la mer sans avoir été retraités. Et ce problème ne va que s'aggraver au fur et à mesure de l'avancée des travaux de construction des infrastructures olympiques. "Au pic de la construction, nous aurons cinq millions de tonnes d'ordures dont on ne pourra légalement rien faire", avait relevé l'auteur du rapport, Mikhaïl Odintsov, cité par Vedomosti.

 

12 Juin 2010 – RIA Novosti

 

La neige des JO Sotchi testée à Moscou


La neige destinée à couvrir les pentes des Jeux olympiques de Sotchi prévus en 2014 est actuellement testée à Moscou, où le mercure atteint 20 degrés.

 

Les représentants de la société française assurent que leurs canons à neige artificielle sont capables de fonctionner à des températures encore plus élevées.

Voir la vidéo

 

 

10 Juin 2010 - Courrier international

 

Les JO de Sotchi battent tous les records

 

 Les Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi seront de loin les plus chers de l'Histoire. Le budget initial de 12 milliards de dollars prévu pour organiser cette compétition dans le Caucase russe a explosé pour atteindre 30 milliards de dollars, d'après le ministère du Développement régional russe, soit dix fois plus que les précédentes éditions de Salt Lake City en 2002, Turin en 2006, et Vancouver en 2010, rapporte la Nezavissimaïa Gazeta à la veille de la rencontre entre le Premier ministre russe Vladimir Poutine et le président du Comité international olympique Jacques Rogge le 8 juin à Sotchi.

 

De l'avis des experts, plusieurs raisons peuvent expliquer ce montant colossal : "Des devis élevés, une part énorme de pots-de-vin, des travaux de construction inefficaces, le manque catastrophique d'investissements dans les infrastructures du site choisi", précise le journal moscovite.

 

 

04 Juin 2010 - RIA Novosti de Alexei Nikolskiy

 

 25 milliards d'euros pour les JO d'hiver russes

 

L'organisation des Jeux olympiques d'hiver 2014 à Sotchi, station balnéaire russe au bord de la mer Noire, coûtera 25 milliards d'euros, a annoncé vendredi à Sotchi le vice-ministre russe du Développement régional Iouri Reilian.

"La réalisation du projet olympique coûtera environ 950 milliards de roubles (24,9 milliards d'euros), ce qui équivaut à 20 budgets municipaux de Sotchi", a indiqué M.Reilian lors d'une réunion du Conseil pour l'organisation des Jeux d'hiver 2014.

Le coût initial du projet de Sotchi 2014 était évalué à 327 milliards de roubles ( 8,6 milliards d'euros ).

Rien que la vallée d'Imérétie, qui hébergera six palais de la glace, nécessite des investissements pour 10 milliards de roubles, a précisé le ministre.

Une piste pour les courses de Formule 1 sera construite dans la vallée d'Imérétie après les Jeux olympiques de 2014, a-t-il ajouté.

72 ouvrages sportifs et objets d'infrastructure sont en chantier à Sotchi qui accueillera les Jeux olympiques d'hiver le 7 février 2014. Au total, 242 installations seront érigées dans la région pour les compétitions olympiques.

 

 

02 Mars 2010 - BFMTV.com

 

JO de Sotchi : des travaux critiqués


 

29 Août 2008 - Le Monde 2

 

A Sotchi, les JO jettent un froid

 

Pendant quinze ans, Sotchi s'est satisfait de sa petite vie émolliente et provinciale, dans le souvenir de sa splendeur soviétique où la ville balnéaire attirait les hauts dignitaires et les travailleurs méritants. Tandis que la Russie était livrée aux convulsions de la transition postcommuniste, Sotchi comptait sur ses sanatoriums délabrés, talismans à l'architecture rococo. Les touristes russes qui n'avaient pas encore découvert les charters pour la Grèce ou la Turquie continuaient de séjourner dans ces monuments de béton entourés d'une végétation luxuriante ; ils descendaient à la plage de galets pour se baigner dans la délicieuse mer Noire, puis remontaient dîner dans une salle à manger au plafond d'opéra où des femmes en blouse blanche leur apportaient des boulettes de viande agrémentées de légumes vapeur et d'une compote de fruits. Dans les chambres aux tapisseries zébrées, la radio à boutons restait généralement bloquée sur une fréquence.

 

Sotchi a retourné son sablier le 4 juillet 2007. Ce jour-là, à la surprise générale, la ville au climat subtropical, où les températures explosent les 30 degrés l'été et où la neige est une incongruité, a obtenu l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2014. Six ans, ça vous paraît loin ? Vu de Sotchi, ça ne l'est guère tant chaque jour est précieux. On manque de comparaison pertinente pour illustrer la tâche des autorités russes, qui ont prévu le plus grand budget de tous les temps pour une telle épreuve : 12 milliards de dollars (près de 8 milliards d'euros). Il sera certainement dépassé.

 

L'ancien monde n'a pas encore disparu ; mais il est bousculé. Dans la montagne à une heure de route, ou dans la baie, aucun des onze sites olympiques n'est prêt, les coupures d'électricité demeurent fréquentes, mais la spéculation immobilière a déjà commencé avec son lot d'injustices. "Il n'y a pas d'endroit en Russie, à part à Saint-Pétersbourg, où la croissance de l'immobilier est aussi forte qu'ici, affirme Natalia Valieva, directrice générale de l'agence Dominik. On peut réaliser 100 à 200 % de bénéfices en six mois sur des locaux commerciaux, à condition de savoir où investir et avec qui."

 

Aujourd'hui, le prix minimum pour un appartement dans le centre est de 200 000 dollars. La chasse aux biens mal enregistrés, proies de choix pour les opérations d'expropriation, est lancée. "C'est le pillage généralisé, assure Valeri Soutchkov, président d'une association de résidents. Le paradoxe est que la menace vient avant tout des institutions censées protéger nos droits, c'est-à-dire des tribunaux."

 

Les façades des sanatoriums ont donc de nouveaux voisins clinquants, des hôtels de luxe tel le Rodina (quarante chambres ou appartements à 900 euros la nuit minimum), que le milliardaire Oleg Deripaska a fait construire pour accueillir ses amis. Une réalisation modeste par rapport à un véritable projet fou, l'île de la Fédération, archipel entièrement artificiel de 330 hectares — qui devrait être construit en mer à 15 km du centre de Sotchi pour 4,4 milliards d'euros.

 

En ville, les échoppes traditionnelles côtoient les premiers magasins huppés. La circulation est devenue abominable sur l'avenue Kourortny, l'artère principale longeant la côte et traversant la ville de part en part.

Les grosses cylindrées noires doivent attendre minuit pour faire crisser leurs pneus sous les palmiers. Les problèmes de transport constituent un des casse-tête posés aux autorités, en plus des sites à ériger, des matériaux de construction à acheminer, de l'environnement exceptionnel à préserver, du manque de main-d’œuvre qualifiée, du sous-équipement hôtelier...

 

Le projet olympique prévoit l'inauguration en 2009 d'une route de contournement de Sotchi pour la désengorger. Sera aussi construit un métro aérien de 50 kilomètres reliant la côte à la montagne en trente-cinq minutes, un rêve dont les habitants se gaussent. Du brouillon à la réalité, il y a un effort d'imagination peu commun à faire. L'argent n'est pas un problème. Pas plus que la proximité avec la Géorgie secouée par la crise ossète : Sotchi n'est qu'à 50 km de l'Abkhazie, l'autre région séparatiste.

 

"LE VRAI FAR WEST"

 

Pour Vladimir Poutine, l'attribution des Jeux à Sotchi représentait une victoire politique majeure ; à présent, la concrétisation des promesses de papier constitue un test de crédibilité pour la Russie. Mais le pétrole qui coule dans ses veines et le gaz qu'il inhale rendent l'Etat russe sûr de lui. Aucun projet n'est trop ambitieux pour nourrir le sentiment patriotique, grâce au soutien des plus grandes fortunes du pays. Alliées intéressées dans l'opération "Sochi 2014", elles pensent déjà à l'exploitation future de la zone. Le Courchevel russe sera à eux.

 

Aux avant-postes : Oleg Deripaska, patron du groupe Basic Elément (BASEL, 26,8 milliards de revenus en 2007) ; Vladimir Potanine, de la holding Interros, un des vétérans de l'oligarchie russe ; et enfin Gazprom, le monopole gazier, bras armé de l'Etat dans les relations internationales. Sans appel d'offres, ces trois géants ont obtenu les plus grands chantiers de "Sochi 20l4". L'Etat, quant à lui, est chargé de réaliser les principales infrastructures pour désenclaver la ville et les sites en montagne, à Krasnaïa Poliana, la "clairière rouge".

 

Celle-ci n'a rien, pour l'instant, d'un site olympique. Avec ses routes défoncées, ses maisonnettes et leur potager offrant une vue de choix sur les montagnes et leur dense forêt, Krasnaïa Poliana fait presque peine à voir. Quelques bouis-bouis accueillent de rares clients locaux pour une bière tiède ou un morceau de poulet hasardeux. Ça n'a pas empêché Martial Simonneau de s'installer ici et de reprendre l'Atmosphère.

 

Ce restaurant au décor de chalet savoyard est devenu le lieu de rendez-vous des gens qui comptent.

Responsables politiques, policiers, bureaucrates au portefeuille épais, sportifs accomplis : tous viennent dans son établissement pour déguster, sur fond de Pierre Bachelet ou de Mireille Mathieu, des plats sophistiqués qui valent au chef français d'être porté aux nues dans la presse locale. En haute saison hivernale, les grands affairistes russes arrivent à toute heure ; ils puisent dans les réserves de Dom Pérignon, de Petrus et de Château Lafite. Dépenser 120 000 roubles (25 000 euros) pour le vin n'est pas rare.

 

Toute une histoire, ce Martial ! Celle d'un autodidacte qui a bourlingué entre le sud de la France et Paris, avant d'arriver en Russie : d'abord à Moscou, puis dans un casino d'Ekaterinbourg, et enfin à Sotchi, "le vrai Far West", comme il dit. Martial Simonneau pourrait parler pendant des heures des règles à respecter, des lois à contourner, des personnels à former, des difficultés administratives, des mentalités si pénibles à changer. Mais le plus instructif est d'entendre ses aventures à Sotchi, où l'a attiré la femme du maire de Moscou, Iouri Loujkov, connue pour son sens des affaires.

 

EN PLEINE ZONE ÉCOLOGIQUE PROTÉGÉE

 

Le chef français a découvert une spécialité russe : le projet volontairement compromis, qui sert à transformer un chantier ou un restaurant en simple machine à laver l'argent. "Un jour, il y a plus de trois ans, on m'a demandé d'ouvrir un restaurant franco-italien sur la côte, dit-il. J'ai donc acheté tout le matériel. Puis on m'a dit finalement d'en faire un établissement géorgien, puis franco-géorgien. Le tout a coûté un million de dollars environ. On n'a jamais ouvert." Même scénario avec un café dans le centre de Sotchi. Martial Simonneau s'occupe de tout. Pendant des semaines, son équipe travaille à vide et prépare des plats qu'elle consomme ensuite, faute de clients. Enfin arrive le jour de l'inauguration. L'investisseur fait une visite de dernière minute. "Dans la salle, il a dit que le marbre était trop sombre. Dans les toilettes, qu'il était trop rosé. On n'a jamais ouvert."

 

Aujourd'hui, le chef français est son propre patron et bénéficie de protections à la mairie. "C'est indispensable ici", rappelle-t-il. Il veut ouvrir des petits cafés de restauration rapide en ville et vendre des pâtisseries françaises. En respectant toujours une loi tacite : "Il ne faut pas faire d'ombre à ceux qui sont déjà là, explique-t-il. On peut être autonome si on occupe un créneau que les Russes ne maîtrisent pas. Ici, tout est difficile, mais rien n'est impossible."

 

Même organiser des Jeux d'hiver ? En réalité, les sites olympiques en montagne ne posent pas de gros problème. Les groupes industriels qui en ont la charge s'activent avec ardeur : les projets de pistes étaient lancés avant l'attribution des Jeux. Les épreuves de ski alpin auront pour cadre les flancs du domaine de Rosa Khutor, financé par la holding Interros. En ce 5 juillet, c'est l'effervescence à 1150 mètres d'altitude. La station compte des invités de marque : des champions olympiques et surtout Nikolaï Patrouchev.

 

L'ancien directeur du FSB (ex-KGB), aujourd'hui secrétaire du Conseil de sécurité, est monté jusqu'ici, avec les médaillés, pour planter un petit sapin sous une pancarte à son nom. En arrivant devant les caméras, il se dirige d'un pas décidé vers une des six pelles enfoncées dans la terre fraîchement retournée. On dirait un cimetière ; on n'a rien compris ça s'appelle "l'allée des étoiles sportives". Il s'agit de placer les pistes sous le meilleur patronage. Interros espère que les 55 km de tracé seront ouverts à l'hiver 2010-2011.

 

C'est Gazprom qui a pris le plus d'avance. En janvier 2008, le géant gazier a inauguré la première partie de son domaine skiable, qui accueillera les épreuves de ski nordique et de biathlon. Au départ de la télécabine flambant neuve, des magasins de vêtements hors de prix n'attirent guère de clients, en ce début juillet, malgré les soldes. Les seuls visiteurs sont des Russes en vacances dans la région, curieux de découvrir le haut des pistes livré à la verdure.

 

Notre guide du service de communication, Anastasia Kojevnikova, affirme fièrement que la station "est totalement indépendante des autorités municipales. Chez nous, tout fonctionne. Nous avons notre propre électricité, nous acheminons l'eau et nous produisons la nourriture." Des cottages de 220 places sont déjà érigés, deux hôtels sortiront de terre dans quelques mois. En haut des pistes, un chapiteau abrite un café. Au bar, une photo de Vladimir Poutine rappelle aux visiteurs qui est le maître.

 

Piotr Fedine, lui, est un pionnier dans le coin. C'est en 1992 que cet amateur de ski extrême originaire de la capitale régionale, Krasnodar, a créé la station Alpika Service, sur un autre flanc de montagne. "Les temps étaient difficiles, l'inflation était énorme, se souvient-il. On a tout fait nous-mêmes : la route, l'électricité, le restaurant et les pistes." La femme et les trois enfants de Fedine participaient à l'aventure. Pour la première fois, on pouvait skier dans de bonnes conditions à Krasnaïa Poliana.

 

Pendant seize ans, la station a prospéré. Mais début 2008, Piotr Fedine a dû renoncer à son rêve, la mort dans l'âme. Les JO ont précipité sa perte : Gazprom a décidé de racheter Alpika Service - expression polie, vue la brutalité de l'affaire -, avec le soutien appuyé de l'administration régionale et municipale. "Après trois ans dépressions, on a dû affronter des plaintes absurdes en justice, ainsi que des tentatives de liquidation judiciaire, explique Fedine. Je n'en pouvais plus. J'ai vendu pour 15 millions de dollars, alors que le prix réel est trois fois supérieur."

 

Selon Nikolaï Gavrilov, le nouveau gérant installé par Gazprom - par l'intermédiaire d'une filiale -, le bénéfice annuel de la station se situe entre 2 et 3 millions de dollars. Et ce n'est qu'un début : le conseil d'administration voit grand. "Nous voulons créer un complexe de chalets de 300 places, de nouveaux magasins, reconstruire entièrement nos équipements...", énumère Nikolaï Gavrilov.

 

A l'origine, cette station ne devait même pas accueillir de compétition sportive. Mais la dernière visite éclair de Vladimir Poutine à Sotchi, le 3 juillet, a réservé une bonne nouvelle à son gérant. Devant les caméras, le premier ministre a rappelé à l'ordre les responsables d'Olimpstroi en charge de la réalisation des programmes olympiques. Il a aussi annoncé, à la grande satisfaction des écologistes et du Comité international olympique, que les sites prévus pour le bobsleigh et le village olympique de montagne seraient déplacés. Il faut dire que les concepteurs les avaient imaginés en pleine zone écologique protégée et classée par l'Unesco...

 

La piste de bobsleigh sera donc creusée sur le domaine d'Alpika Service, a tranché le premier ministre. Une façon tardive de tenir compte de la réalité. Au pays du Plan, rien n'est vraiment planifié. Le projet présenté au CIO avait été imaginé sur tableau noir, sans expertise géologique et écologique préalable, sans étude du cadastre, sans plan de développement urbain.

 

PRESSION, RÉPRESSION, EXTORSION

 

Le Parc olympique - qui comprendra le village des sportifs et ses 1 600 chambres d'hôtels, le stadium olympique et deux autres enceintes prévues pour des épreuves sur glace - sera situé sur une bande côtière entre Sotchi et l'Abkhazie, appelée la baie d'Imeritine. Cette vallée fut autrefois exploitée par des sovkhozes, qui profitaient de la qualité de ce sol humide, livré presque toute l'année à la générosité d'un soleil ardent.

Ici, assurent les habitants en exagérant un peu, les pêches sont plus sucrées, les raisins plus lourds, les pastèques plus gorgées, les plantes exotiques plus abondantes qu'ailleurs. Ici, dans les parcelles individuelles, les légumes se sentent à l'étroit pour pousser.

 

Il est vrai que, bien plus que d'hypothétiques salaires, c'est le sol qui nourrit des familles entières, à l'arrière des maisons. Les habitants ont appris avec crainte la désignation de Sotchi comme ville hôte. Leur intuition était juste. La Douma - chambre basse du Parlement - a adopté la loi dite "olympique" qui officialise les expropriations au nom de l'événement. Elle permet d'obtenir la vente forcée de biens immobiliers et de terrains appartenant à des particuliers, sans contestation possible. Pour relativiser le manque d'appétit des citoyens russes pour la chose démocratique, il faut comprendre qu'ici, la loi est moins un instrument de régulation des relations entre les personnes privées ou juridiques qu'un outil de pression, de répression, d'extorsion.

 

Des vacanciers infusent sur la plage de sable noir. Certains malotrus ont garé leur voiture au bord de l'eau, s'étonnant ensuite d'être ensablé. De petites échoppes à l'entrée de bases de repos héritées de l'époque soviétique proposent des sodas et des glaces qui fondent aussitôt ouvertes. Il fait 28 degrés, l'eau est à 22, la vue est paradisiaque. Pas étonnant que les habitants qui occupent les maisons à quelques dizaines de mètres de là depuis des décennies ne souhaitent pas partir.

 

Il y a ceux qui sont menacés par Olimpstroi en raison des futures installations sportives et ceux qui redoutent la convoitise de BASEL. Le groupe d'Oleg Deripaska est le maître d'oeuvre du nouvel aéroport, du futur village olympique et du centre de presse. Il compte surtout bâtir des villas, des hôtels et des attractions touristiques dans cette zone au potentiel énorme.

 

RELOGÉS DANS UN IMMEUBLE ENCORE FICTIF

 

Rue Goloubaïa, Volodia s'affaire au-dessus d'une voiture, devant sa maisonnette. Il ne veut pas donner son nom ; et pourquoi pas se dénoncer directement à la milice ? Volodia fête ces jours-ci ses 50 ans ; sur ses bras en sueur luisent des tatouages en souvenir de son service militaire en Allemagne. Calant une cigarette bon marché sous une fine moustache, il s'arrête de bricoler pour confier son ressentiment. "Ces Jeux sont une catastrophe, on veut nous faire partir, dit-il. Un représentant de BASEL est venu en août 2007. Il nous a dit : On ne va pas vous chasser de force, mais on va vous faire une proposition que vous ne pourrez refuser. Tu parles ! Leur idée, c'était un appartement en banlieue de Sotchi, dans un immeuble encore fictif !"

 

Une femme énergique a pris la tête de la résistance locale contre la mairie, le gouverneur et BASEL. Nina Rendina vit dans sa jolie maison au patio couvert de vignes ascendantes depuis trente ans, où elles rassemblent ses voisines pour des réunions de crise. Elle a écrit à toutes les instances imaginables, organisées des manifestations, répondu à chaque micro qui se tendait. Nina Rendina veut défendre ses droits. En 2007, après des années d'efforts, elle est parvenue à faire enregistrer à son nom terrain et maison. Mais elle aussi a reçu une visite pressante de représentants d'une société affiliée à BASEL. "Ils ne nous proposaient rien de concret, se souvient-elle. Ils nous ont juste dit : On préfère incendier vos maisons que de payer le prix du marché. Depuis, en se couchant le soir, on a peur de ce qui peut se passer."

 

L'activisme de Nina Rendina a eu un prix. Outre des problèmes de santé, elle a été attaquée en justice pour enregistrement illégal de ses biens, puis pour "extrémisme". Quatre mois après avoir organisé un rassemblement de 300 habitants, Nina Rendina a été convoquée au tribunal en raison de la distribution de feuilles de propagande qu'elles n'avaient jamais vues, prônant la responsabilité pénale des dirigeants qui n'assureraient pas le bien-être de la population. Ironie de l'histoire : c'est auprès du FSB qu'elle a trouvé une oreille attentive. Depuis, ses ennuis judiciaires ont été mis entre parenthèses.

Si on lui faisait une proposition décente, Nina Rendina céderait et partirait, dit-elle. Il en est d'autres, dans la baie d'Imeritine, qui ne plieront pas bagages comme ça, foi de vieux-croyants. Partisans d'un respect strict des principes religieux (ils ne boivent pas, ne fument pas), ces 500 vieux-croyants ne défendent pas que leurs murs, mais aussi la mémoire de leurs ancêtres. Ils sont arrivés ici au début du XXe siècle à la faveur de la nouvelle tolérance tsariste, après des siècles de persécutions suite au schisme de l'orthodoxie russe au XVIIe siècle. Ivan Terikoutov, un gaillard aux mains broyeuses, raconte volontiers, avec sa voix de stentor, comment tout a commencé. "Quand nos grands-parents sont arrivés ici, il y avait la malaria, les moustiques et la boue. De cette boue, ils ont fait le paradis. Il n'est pas à vendre !"

 

Agé de 67 ans, Terikoutov ne boit pas, ne fume pas, et porte une belle barbe grisonnante : les nouvelles générations, elles, ne respectent pas aussi strictement les préceptes des vieux-croyants. Mais l'attachement à l'identité et à la terre est puissant à tous les âges. "Nous sommes là depuis cent ans et nous ne partirons pas. Aucune négociation, aucune proposition n'est possible, tranche Dmitri Drofitchev, le porte-parole des vieuxcroyants, petit homme de 28 ans à l'esprit vif, diplômé en droit. Une grand-mère m'a dit qu'elle s'immolerait, un homme m'a dit qu'il prendrait les armes si on essayait de les forcer."

 

Kostia, son frère, nous emmène un peu plus loin, pour voir le cimetière des vieux-croyants, au milieu des champs de maïs. L'endroit est paisible et harmonieux. La végétation dense enveloppe les tombes.

Lorsqu'elles sont recouvertes par les arbustes et les herbes folles, les vieux-croyants disent que le défunt fusionne avec la nature. Dans un champ voisin, on a dressé un poteau de 20 mètres de hauteur. Il est censé indiquer un des angles d'une future enceinte olympique.

 

Piotr Smolar

 

 

A Sotchi, les JO jettent un froid
2008-08-29 - Sotchi les JO jettent un fr
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