L'éthique du sport : Peut-on sortir de l'idéologie du sport ?

 

Professeur d'économie et de droit à Orléans, Michel Caillat est aussi sociologue du sport. Membre du CACS 40 (Centre d'Analyse Critique du Sport), il publie en mai 2008 une nouvelle édition de son dernier livre Le Sport, Collection Idées reçues, Editions Le Cavalier Bleu.*

 

"Le sport est le seul domaine du social qui fait totalement consensus. Alors que le sport mobilise des millions de personnes, les militants ne l'analysent pas et glissent sur cette institution de façon ahurissante. Du côté du politique, tous les programmes des municipales de la gauche à la droite ont des discours identiques sur le sport :

on le sacralise parce qu'il est populaire. L'aveuglement dans les médias est similaire. Un papier rédigé en 2001 sur la déviation de Pékin n'eut aucune retombée. Le Paris Dakar suscite peu de remous. L'indifférence est totale.

 

Premier problème, la définition du sport. On le considère d'emblée comme positif alors qu'il n'est pas un jeu :

l'effort ou *la liberté de l'excès constitue l'essence du sport. C'est un mythe de penser que le sport ait été amateur à moins que l'on entende par sport « toute activité physique ».

Le sport est une activité institutionnalisée, de compétition, avec des règlements dont la logique est bien éloignée du jeu. Les sportifs donnés en modèle ont toujours été des professionnels.

Cette conception du sport date des années 1870 et va de pair avec l'émergence des fédérations à la fin du19e.

L'autre erreur est de réduire l'analyse du sport aux résultats sans dévoiler ses fonctions. Le sport est *un fait social total* aux implications multiples.

 

Ses implications sont d'abord politiques :

des JO de Berlin en 1936 aux JO de Pékin de demain, le sport sert toujours la stratégie du pouvoir en place.

L'intérêt du politique est tel que les droits des sportifs passent avant les droits de l'homme. Dans le sport, il n'y a pas de courant différent comme dans la peinture ou la musique : il se place toujours du côté de l'ordre établi et de la logique imposée –*la concurrence*- sans proposer d'alternative. Inondées par les informations sportives sur les ondes, les chaînes et dans les journaux, les consciences des acteurs sociaux sont saturées. Souvenez vous de l'hystérie collective de l'été 1998 : à l'heure où politiques et grands médias célébraient *l'effet Coupe du Monde*, la fin du racisme et le déclin de l'extrême droite, il était impossible de faire entendre des analyses discordantes pressentant le 21 avril 2002. Encore aujourd'hui, les pages Sport mêlent purs résultats et analyses superposant dans leurs colonnes victoires et faits de racisme.

 

Le sport est aussi et bien sur économique : il a toujours été à l'épreuve du marché. La nouveauté c'est son gigantisme. Nous sommes dans l'âge du sport business et des présidents patrons. Entre le discours et la réalité des faits, la mondialisation des échanges gagne du terrain : projet de Superligue européenne de foot, publicité sur les maillots des arbitres, transformation des clubs de foot en S.A. et arrivée du *naming* en France avec le nouveau stade du Mans qui s'appellera MMArena.

 

On accepte ainsi dans le sport ce qu'on admet nulle part ailleurs. La contestation qui va s'élever pour les JO de Pékin visera les droits de l'homme mais pas le rôle du sport dans la société. Pourtant, l'entraînement sportif intensif et précoce devrait alerter. En 1983, l'académie nationale de médecine estimait nécessaire de rappeler qu' « *aucune médaille ne valait la santé d'un enfant* » et l'avertissement allait être traité ironiquement en dix lignes par l'unique quotidien sportif et les ravages continuer. Pour un Zidane, combien restent sur le carreau ? Certains ont eu leur heure de gloire mais à quel prix ? Celui d'annoncer sa retraite à 20 ans pour Emilie Le Pennec, championne olympique en 2004. Celui d'être sacrifiée par ses entraîneurs pour Elodie Lussac, blessée au championnat du monde de gymnastique de 2004 et à qui on refusait la demande de mise au repos. Pour l'Equipe, elle « *tiendra son rang avec courage* » : même ce sujet là n'arrive pas à être mis en débat.

 

Alors que l'idéologie du sport corrobore les valeurs d'un système qui l'a enfanté, la pensée unique dans le sport est sans aucune mesure. Il constitue le plus grand spectacle du monde non analysé desservant l'émancipation humaine. Il est temps de le questionner dans les milieux associatifs, médiatiques et politiques."

 

Entretien avec Raymond Domenech -

"Il faut protéger le foot de l'argent". In *le Monde*, 26 avril 2007

Les grandes compagnies donnent leur nom aux nouveaux stades dans les villes

In *Bulletin de l'Académie nationale de médecine*, 1983, 167, n°3, p 208-209

 

journal de la Décroissance* avril 2008.

A la question peut-on sortir de l'idéologie du sport ?

Michel Caillat, sociologue du sport, répondait les propos ci dessus

Propos recueillis par Sophie Chapelle, journaliste indépendante

 

Des Valeurs Olympiques


- Tromper la population sur les moyens, les objectifs, les conséquences

- Créer des sondages non représentatifs de la population et parler au nom de la population

- Valoriser le sport business et le fric à tout prix

- Une gestion déplorable des finances publiques

- Valoriser l'écrasement des plus faibles

 

Dans les années 80, l'accès aux JO était plus éclectique et nombreux étaient les sportifs moyens qui y participaient.

Depuis quelques années seul un sportif moyen est convoqué par édition des JO afin que les journalistes puissent bien l'humilier pendant les 2 à 4 minutes où il est encore en course après les autres.

 

Ques sont devenus les termes de large victoire, victoire de grande ampleur, pourquoi parle t-on aujourd'hui de ridiculiser, humilier, étriller, atomiser, écraser...?

 

Pourquoi faire le classement d'abord avec les médailles d'or, puis départager avec les médailles d'argent?

Une nation qui a cinquante médailles d'argent n'est-elle pas plus méritante que celle qui a une médaille d'or?

Seul la première place compte? Le second est un perdant?

Pourquoi ne pas octroyer un point pour la médaille de bronze, 2 pour la médaille d'argent, 3 pour la médaille d'or?

Et pourquoi ne pas publier des classements alternatifs:

  • nombre de points/argent investit pour le sport dans le pays
  • nombre de points/Pib
  • Nombre de points/nombre d'habitants

D'autres JO sont possibles:

- Sans cette surproduction et ces incitations à surconsommer, mais avec des messages de sobrièté

- On pourrait trouver quatre ou cinq sites dans le monde regroupant chacun plusieurs pays pauvres (par exemple pour l'un des sites Argentine - Chili - Bolivie -Paraguay,

un autre site pourrait être Pérou - Equateur -Colombie - Venezuela,

un troisième Bulgarie, Roumanie, Ukraine, Turquie, Géorgie,

un quatrième république Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie et le dernier en Asie, l'Afrique pourrait recevoir les JO d'été.

 

Les avantages et les propositions:


- Une seule participation aux JO par sportif, uniquement des sportifs amateurs en attente de devenir professionnels. (ca participera à régler cette professionalisation précoce des sportifs avec toutes les conséquences que l'on connait).

- La plus part des pays cités a des montagnes plus hautes que celles de l'occident, évitant les canons à neige et permettant des pistes de bobsleigh et des patinoires naturelles.

- Dissiminer les installations sur plusieurs pays permettra d'éviter les grandes concentrations de foules et de mieux gérer les déchets, limitera pour des raisons de coût les déplacements entre les sites.

- On reviendra tous les 24 ans sur le même site ce qui ne fait plus que cinq sites à créer limitant la polution dans le temps.

- On reviendra tous les 24ans sur le même site on aura plus à chaque fois qu'à créer les villages olympiques (bioclimatiques bien sur) ce qui permettra de très lourdes économies qu'on pourra investir dans des énergies renouvelables dans ces pays, là on économisera vraiment beaucoup plus de gaz à effet de serre que l'on en produira.

- Créer de plus petites infrastructures pour limiter les coûts, protéger les paysages, limiter la production d'effet de serre à la construction, la destruction et durant l'usage (chauffage/entretien/éclairage) du batiment.

- Réduire le nombre de spectateurs (en cohérence avec la proposition ci-dessus). Qui a besoin de vivre des jo tous les quatre ans? Rappelons que les déplacements des spectateurs depuis l'étranger représentent plus de 75% des gaz à effet de serre émis lors de JO. Organisons des jeux en privilégiant ceux qui ne sont jamais allés au jeux, et les spéctateurs continentaux.

- Organiser d'autres compétitions internationales et des entrainements des équipes nationales des pays riches envirronant sur ces sites pour continuer à faire rentrer des devises et produire du travail. (Les sportifs de ces pays doivent avoir accès à ces équipements gratuitement)

et du tourisme vert (donc peu de lits) (très petites stations de ski, imposer des transports en communs pour l'accès aux sites, financés par les JO).

- Entre les jeux entretenir, une agriculture verte qui nourrira les populations, les sportifs internationaux et les spectateurs lors des compétitions.

- Offrir tous les emplois aux populations locales les plus pauvres.

- Créer avec les économies ci-dessus et les recettes supplémentaires ci-dessous des écoles et des universités gratuites pour les populations locales les plus pauvres, financer des ouvriers agricoles pour permettre aux enfants d'aller à l'ecole au lieu de travailler.

 

Un autre financement est possible:

 

- En 1996, 5,1 milliards d’euros d’article de sport et de loisirs on été vendu en France. Si les articles étaient vendus 1% plus cher, soit une paire de basket qui passe de 30 euros à 30,3 euros, cela permettrait de prélever 51 millions d’euros par an, soit 204 millions d’euros en quatre ans. Si l’on fait pareil dans les autres pays riches on obtiendrait facilement de quoi financer des JO dans des pays pauvres sans la pression des sponsors qui deviendraient inutiles. Tant mieux à Vancouver les sponsors produiront au minimum 37 600 tonnes de Co2 soit 11% du total sans compter les objets promotionnels, non recyclables ou non recyclés parce que mélangés dans les poubelles publiques à -des produits souillés…

- De Façon à ce que les jeux soient encore plus profitables à ces pays pauvres on pourrait également prélever une taxe sur les entrées de toutes les compétitions sportives du monde allant de 10 centimes sur les billets les moins chers à deux euros sur les billets les plus chers. Il est également possible de prélever une taxe sur tous les revenus (publicitaires compris) des sportifs touchant un revenu supérieur à 5000 euros. Ainsi les sportifs se servent des JO pour lancer leur carrière et remboursent leur dette s’ils y parviennent. Bref, si on a démontré dans la première partie que pollution va de paire avec injustice sociale et désastre économique, ici on, démontre que écologie entraine nécessairement, justice sociale et réussite économique.

 

Ce que cela implique:

 

Changer tous les membres du Cio : renvoyer tous les sportifs frustés vieillisant, les lobbies, les politicards, les mégalomanes, et les remplacer par des écologistes et des humanistes.

Signer des conventions avec les pays concernés, des agents permanants du cio (si possible des locaux devront gérer l'argent sur place pas d'argent sur les comptes des gouvernements.

Un suivi au jour le jour, par les agents du Cio, des autorisations permanentes pour plusieurs organisations (au moins trois) non gouvernementales et pour le programme des nations unies pour le développement et pour l'unesco de faire des contrôles exhaustifs sans préavis.

 

 

Nos Arguments :

 

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( Rigaut : Maire d'Annecy )