SPORT & FRIC

 

07 Décembre 2011 - Médiapart.fr

 

La folle aventure de la Caisse des dépôts dans le Caucase

 

C'est un projet qui n'a pas profité de la publicité qu'il mérite : Nicolas Sarkozy a donné des instructions pour que la Caisse des dépôts et consignations, dont ce n'est pas la mission, soit l'un des deux principaux organisateurs, avec un partenaire russe, d'un projet pharaonique de plus de 11 milliards d'euros visant à la construction de dix stations de ski dans le Caucase du Nord, une région sous administration russe en proie à des troubles permanents, à l'arbitraire et à une corruption généralisée, organisée par des mafias locales

Le projet défendu par l'Elysée est d'autant plus ahurissant que le principal protagoniste russe de l'opération est associé à une procédure judiciaire contre Total, qui a été émaillée de fraude. 

Ce projet dans le Caucase, dont la presse française n'a que très peu parlé, fait l'objet de pourparlers depuis longtemps. Mais c'est à l'occasion de la candidature (qui s'est soldée par un échec) de la ville d'Annecy pour les Jeux olympiques d'hiver de 2018 que tout s'est accéléré : des contacts franco-russes se sont multipliés pour étudier un projet d'aménagement touristique immense. A l'époque, la France cherchait le plus grand nombre d'appuis, et Charles Beigbeder, qui était le président du Groupement d'intérêt public d'Annecy et qui est très proche du secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a multiplié les avances en tous sens, dans l'espoir d'obtenir le plus de voix possible. Président de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et député (UMP) de la Savoie, Michel Bouvard, qui aime à se présenter comme le « porte-parole de la montagne », a appuyé le projet. Petit à petit, les choses ont commencé à prendre forme et l'idée a cheminé au sein même de la CDC, avant même que l'Elysée ne s'en mêle. 

Dans le nord du Caucase, l'une des zones du projet 

Puis tout s'est accéléré au début de l'année 2011. D'abord, Nicolas Sarkozy a confié (très discrètement) à Jean-Pierre Thomas, ancien député des Vosges et ex-trésorier du Parti républicain devenu associé-gérant de la banque Lazard, la mission de conduire une étude sur la création d'une zone économique commune entre l'Union européenne et la Russie, englobant notamment ce projet dans le Caucase du Nord. Et c'est Nicolas Sarkozy qui a donné le feu vert politique définitif au projet, le 26 mai dernier, à l'issue d'une rencontre avec le président russe Dmitri Medvedev, venu à Deauville pour participer au sommet du G20. 

A l'époque, on ne peut pas dire que l'Elysée ait tout fait pour que l'on parle du projet. Dans la déclaration commune adoptée par les deux présidents (la voici sur le site de l'Elysée), il n'en est pas fait mention. Et il a fallu attendre le lendemain pour que la Caisse des dépôts et consignations publie un communiqué (il est là) levant (à peine) le voile sur l'opération. 

Voici ce que l'on a alors appris : « Le Président de la République française, M. Nicolas Sarkozy, et le Président de la Fédération de Russie, M. Dmitri Medvedev, ont décidé d'engager une coopération globale entre les deux pays sur le projet d'aménagement des stations de ski du Caucase du Nord. Cette décision a été annoncée dans une déclaration conjointe publiée hier, jeudi 26 mai 2011, à l'issue de leur rencontre à Deauville. Les deux Présidents ont ainsi décidé que ce grand projet ferait désormais l'objet d'un suivi dans le cadre du partenariat stratégique entre la France et la Fédération de Russie. En conséquence, la société OJSC Northern Caucasus Resorts, du côté russe, et la Caisse des Dépôts, du côté français, commencent à travailler ensemble dès ce jour. Nos équipes techniques, y compris EGIS, se retrouveront dans les tout prochains jours afin de parvenir, d'ici au Forum économique de Saint-Pétersbourg, à un accord global sur le cadre de cette coopération permettant ensuite d'engager sans tarder la phase opérationnelle du projet. » 

Le plus grand projet touristique du monde 

Le projet s'est alors précisé. Dénommée International caucasian developpement (ICD), une société commune est créée par la Caisse des dépôts et une société russe à capitaux publics, la Northern Caucasus Resorts (NCR) (ici son site Internet). Avec un capital de 10 millions d'euros, elle sera contrôlée à 49 % par la CDC (qui apporte donc 4,9 millions d'euros) et à 51 % par la société russe. Disposant d'un siège à Moscou, la joint-venture emploiera 25 personnes, dont la moitié de Français. Côté français, c'est Laurent Vigier, directeur des affaires européennes et internationales de la CDC et ancien conseiller de Jacques Chirac à l'Elysée – et l'un des « chouchous » de Bernadette – qui supervise l'affaire. 

De taille modeste, la société ne donne, à vrai dire, qu'une faible idée du projet qu'elle va porter. Car en fait, sa fonction sera seulement de piloter le projet : de le concevoir, puis ensuite de sélectionner les entreprises compétentes qui viendront investir et réaliser les travaux. Derrière cette société, qui sera donc l'opérateur, se dissimule un projet pharaonique. 

Il s'agit de l'aménagement touristique le plus important à l'étude actuellement dans le monde. Dans un premier temps, il vise à construire cinq stations de sports d'hiver dans le nord du Caucase, dans les localités de Lagonaki, de Arkhyz, de Elbrus-Besengi, de Mamison et de Matlas. 

Tout est à construire : les villages, les hôtels de luxe, les routes, les héliports. Un projet d'aménagement d'aéroport est aussi à l'étude. Près de 897 kilomètres de pistes skiables devront aussi être construites, comportant 179 systèmes de remonte-pente ou de remontées mécaniques (télésièges, téléphériques...). L'ensemble du projet porte sur des financements qui sont évalués aujourd'hui à plus de 11 milliards d'euros. Et le site internet de NCR précise bien qu'il ne s'agit-là que de la première étape. Certaines évaluations laissent entendre que le projet total pourrait porter sur une somme de près de 30 milliards d'euros. 

La question vient immanquablement à l'esprit : mais pourquoi la Caisse des dépôts se mêle-t-elle d'un tel projet ? Au sein de la CDC, on estime qu'après une étude méticuleuse, tous les risques potentiels de l'opération ont été soupesés et que des garanties, quand cela a été nécessaire, ont été demandées aux partenaires russes. On fait ainsi valoir que le risque financier est inexistant. En clair, la CDC apporte ses 4,9 millions d'euros. Et pas un sou de plus ne sera mis dans l'opération. En revanche, celle-ci permettra d'associer au projet de très nombreuses entreprises françaises, qui décrocheront les marchés correspondants : Pomagalski pour les remontées mécaniques, etc. La CDC fait aussi valoir que des clauses portant sur la sauvegarde de l'environnement ou sur les droits de l'homme ont été insérées dans le contrat qui lie les parties française et russe. 

Il reste que ce projet suscite l'étonnement. D'abord, il est à l'exact opposé des missions et de la raison d'être de la Caisse des dépôts. « Investisseur de long terme au service de l'intérêt général et du développement économique du pays », le groupe public a pour objet « d'appuyer les politiques publiques nationales et locales » ou encore de gérer une bonne partie de l'épargne des Français. Il peut donc aujourd'hui prétendre qu'il ne met que très peu d'argent public dans l'affaire – encore que 4,9 millions d'euros, ce n'est pas rien –, il reste que ce genre d'opération peut avoir des suites qui sont aujourd'hui imprévisibles. Que se passera-t-il si tous les financements ne sont pas au rendez-vous ? Et si un prestataire est défaillant ? En bref, la CDC se lance hors des frontières et hors de son savoir-faire dans une aventure forcément risquée dont on ignore aujourd'hui toutes les conséquences financières potentielles

Atteintes aux droits humains et crimes de guerre 

On peut dire les choses de manière encore plus abrupte. Alors que la CDC a pour première mission de « protéger l'épargne populaire » (dont celle collectée au travers du Livret A), de financer « le logement social » ou encore de « gérer les régimes de retraite» des Français, elle contrevient radicalement à sa fonction

L'affaire apparaît d'autant plus risquée que les régions du nord du Caucase sont depuis des lustres réputées pour leur extrême instabilité. En proie au terrorisme, à une violence permanente et à l'arbitraire, entre les mains de très puissantes mafias locales, minées par une corruption généralisée, ce sont des régions où ce type d'investissement est, par la force des choses, aventureux. La CDC s'avance donc en terrain miné, et n'a, en la matière, strictement aucune expertise ni expérience. Même si de belles garanties ont été couchées sur le papier, elles risquent fort, en pratique, quand l'argent arrivera, de ne pas valoir grand-chose. 

Il suffit pour s'en convaincre de prendre connaissance des alertes très nombreuses que toutes les associations militant pour le respect des droits de l'homme ont lancées depuis de nombreuses années sur la situation dans le nord du Caucase. La Fédération internationale des droits de l'homme y a consacré récemment un rapport très inquiétant. De son côté, Amnesty International a aussi multiplié l'an passé les mises en garde. Dans un communiqué en date du 15 juin 2010 (il est ici) par exemple, l'association faisait notamment ces constats : « L'organisation a régulièrement mené des recherches dans le Caucase du Nord au cours des 15 dernières années et mis au jour des cas d'atteintes aux droits humains, notamment des crimes de guerre. Les autorités russes ont pris des initiatives pour instaurer la stabilité et tenter de réparer les destructions provoquées par le conflit armé en Tchétchénie. Mais l'impunité dont bénéficient les auteurs d'atteintes aux droits humains et l'absence d'état de droit restent des obstacles majeurs à l'instauration d'une stabilité effective et durable dans la région. La population civile continue d'être la cible de violences infligées tant par les groupes armés que par les organes chargés de l'application des lois, et d'être privée d'accès à la justice. La torture et les mauvais traitements, les disparitions forcées, les homicides commis sans discrimination et la détention arbitraire sont monnaie courante. Les enquêtes ouvertes sur les atteintes aux droits humains sont entachées d'irrégularités et demeurent sans effet. Les auteurs de violations restent par conséquent bien souvent impunis, ce qui entretient la défiance vis-à-vis des institutions de l'État et du système judiciaire dans son ensemble. Le droit à la liberté d'expression est sérieusement mis à mal : la société civile est muselée, d'éminents défenseurs des droits humains sont assassinés dans la plus parfaite indifférence et des journalistes et des militants des droits humains, menacés, ont été contraints de quitter le pays ou de mettre un terme à leurs activités pour la justice et la défense et la protection des droits humains. » 

L'ombre de Dédé-la-Sardine et du Comité olympique russe 

A bien des égards, cette opération ressemble donc à ce genre d'histoire tortueuse qui commence par des beaux communiqués officiels et qui se termine par des coups tordus entre aigrefins. Un peu du genre du contrat d'exploitation pétrolière que la Compagnie pétrolière Elf avait signé en 1991 avec deux provinces russes, celles de Saratov et de Volgograd (lire nos enquêtes ici) et qui se termine aujourd'hui par une invraisemblable bataille judiciaire, et une tentative frauduleuse d'arbitrage, au cours duquel les deux mêmes provinces, alliées à un Français, André Guelfi, alias Dédé-la-Sardine, ainsi qu'au Comité olympique russe, revendiquent à Total (qui a croqué Elf) un dédommagement d'une... trentaine de milliards de dollars ! 

La méga-opération à laquelle la CDC est associée réserve en outre une autre surprise. Le président du conseil de North Caucasus Resorts (NCR), l'allié russe de la CDC, est un dénommé Akhmed Bilalov : on peut lire ici la teneur d'une récente conférence de presse tenue par lui. Or, cet Akhmed Bilalov occupe une autre fonction officielle en Russie. Il est vice-président du... Comité olympique russe ! Sa biographie officielle est ici. 

Il n'y a donc pas seulement une ressemblance entre l'affaire Elf et la fraude qu'elle a engendrée. En fait, les deux histoires s'entrecroisent: la CDC a monté un partenariat avec une société publique russe dont le président est par ailleurs associé à une procédure contre le groupe Total – procédure qui sent le soufre et dans laquelle 30 milliards de dollars sont en jeu. Cette procédure a d'ailleurs rebondi récemment. La cour d'appel de Paris a ainsi rendu pas plus tard que le 30 juin dernier un nouvel arrêt, dans cette procédure très complexe. L'affaire jugée ce jour-là opposait d'un côté le groupe Total, et de l'autre le Comité olympique russe et la société Blue Rapid Incorporation, contrôlée par André Guelfi, l'ex-ami de Bernard Tapie. André Guelfi et Bernard Tapie avaient envisagé pendant un temps de partager leurs gains respectifs s'ils gagnaient leurs procès, l'un face à Total, l'autre face à l'ex-Crédit lyonnais. 

Autre coïncidence, l'avocat du Comité olympique russe est Me Olivier Pardo, qui a été pendant deux années l'un des conseils de Bernard Tapie. 

Alors pourquoi, connaissant tout cela, la Caisse des dépôts va-t-elle risquer de l'argent public dans une telle affaire ? Et pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il donné son accord à son homologue russe ? Une méchante rumeur assure qu'il existe une contrepartie – un contrat d'armement ? Mediapart a enquêté sur ce point mais nous n'avons rassemblé aucun indice le confirmant. 

Ce qui ne change rien au fond de l'affaire : c'est une histoire folle dans laquelle la Caisse des dépôts et consignations s'embarque... 

 

 

06 juillet 2005Bruno Fay / Le Monde

 

Le business Olympique en flammes

 

La France vient de perdre la candidature Paris 2012… on peut se lâcher !

 

En dix ans, le budget des jeux a presque doublé. L’idéal olympique se mesure désormais en milliards de dollars.


En 1980, lorsqu’il est élu à la présidence du Comité International Olympique, l’ancien ministre franquiste Juan Antonio Samaranch découvre une situation financière catastrophique. Pour rallumer la flamme, le Marquis espagnol décide de transformer le CIO en machine de guerre financière. A Los Angeles, en 1984, il fait pour la première fois appel à des sponsors privés pour financer les jeux. Une idée généreuse qui rapporte 150 millions de dollars de bénéfice : un record olympique depuis sans cesse renouvelé. Les entreprises doivent désormais débourser au minimum 100 millions de dollars pour entrer dans le club très select des parrains officiels. Une bagatelle pour le sponsor Nike qui compense en payant ses ouvriers indonésiens moins de 2 euros par jour. Quand on aime le sport, on ne compte pas…

 

Samaranch, par ailleurs président d’une des principales banques espagnoles, ne s’arrête en si bon chemin. En 20 ans, il parvient à multiplier par treize le montant des droits de retransmission télévisuelle. Pour les jeux d’Athènes, les télés ont ainsi dû sortir pas moins de 3 milliards de dollars. A ce prix là, évidemment, on n’est pas très content lorsqu’il neige sans interruption sur les jeux d’hiver de Nagano et que les téléspectateurs boudent leur petit écran faute de visibilité. Pour bien choisir la ville, mieux vaut donc directement faire appel au bon sens des sponsors. Un nouvel idéal olympique qui a notamment conduit à attribuer les jeux de 1996 à la ville d’Atlanta, berceau du plus généreux des parrains officiels, le groupe Coca-Cola. Heureuse coïncidence, Atlanta était également le siège de la filiale du CIO, Meridian Management, chargée justement de négocier les droits de retransmission… Les prochains jeux se tiendront à Pékin en 2008, un marché colossal estimé à plus d’un milliard de consommateurs. La Chine a d’ores et déjà promis que ce seront des jeux placés sous le signe de l’éthique, de la paix et du respect de la dignité humaine. Qui en douterait ?

 

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Président du CIO : le meilleur job au monde


Vous aimez les hôtels de luxe, le pouvoir, les limousines et les voyages gratuits au bout du monde ? Alors n’hésitez plus, postulez pour être le prochain président du Comité International Olympique !

 

Vous traversez Pékin dans une très confortable limousine, escorté par une cohorte de motards en gants blancs. Vous regardez par la fenêtre de magnifiques pelouses repeintes en vert uniquement pour vous, grâce à un puissant colorant chimique. Le ciel est d’un bleu superbe grâce à l’amabilité des autorités qui ont eu le bon goût d’obliger les habitants de Pékin à éteindre tous les réchauds et poils à charbon le temps de votre séjour… Vous ne rêvez pas, vous êtes bien le président du Comité International Olympique (CIO) en visite officielle en Chine pour préparer les jeux olympiques de Beijing 2008. Vous vous appelez Juan Antonio Samaranch et vous vous apprêtez à laisser votre place après 21 ans de règne absolu.

 

Une autre idée du bénévolat

 

Au lendemain de son élection à la tête du CIO en juillet 2001, le belge Jacques Rogge, successeur du roi Samaranch, est interrogé par une journaliste suisse : "Serez-vous bénévole comme l’ont été jusqu’à présent vos prédécesseurs ?". La réponse est tranchante, "Absolument !". Traduction par le cabinet PricewaterhouseCoopers chargé de réaliser le dernier audit rendu public sur les comptes financiers de l’Olympisme : "Toutefois, le CIO couvre l’ensemble des dépenses (…), en particulier les frais de voyage, hôtels, repas et indemnités journalières. (…) De plus, le CIO supporte les frais de résidence du président à Lausanne." Au finish, le président bénévole du CIO est en fait logé à l’oeil dans une suite du très célèbre Lausanne-Palace, avec vue sur les Alpes et le Lac Léman, pour près de 160 000 euros par an. Outre ces menus arrangements avec le bénévolat olympique, le seigneur des anneaux bénéficie également, pour lui et sa famille, et ce au même titre que les autres membres du CIO, de la totale prise en charge de ses voyages à l’étranger. Une ligne budgétaire qui s’élève à 5 millions d’euros chaque année.

 

Ethique à géométrie variable


Signe des temps ou pirouette médiatique, l’actuel président Jacques Rogge vient cependant d’annoncer, pour une question d’éthique, qu’il résiderait pendant toute la durée des JO d’Athènes avec les athlètes au village olympique. En contrepartie de ce "full-time job", le président du CIO est en effet tenu, en cas de crise majeure, à consentir quelques efforts devant les caméras de télévision. Quelques mois après l’énorme scandale de corruption qui a ébranlé le CIO en 1999, Son Excellence le Marquis Samaranch - c’est son titre - avait également dû troquer pendant quelques jours sa limousine et son hôtel de luxe contre un minibus et une chambre plus modeste. Une situation tout à fait temporaire heureusement puisqu’en septembre 2000, pendant les jeux de Sydney, l’ancien président olympien avait finalement retrouvé sa suite présidentielle à 2 100 euros la nuit…

 

Et pour les cotisations retraite ? Pas de panique, le président déchu conserve un bureau à Genève, une limousine à sa disposition, une secrétaire, la présidence d’une des nombreuses instances rattachées au CIO et des frais de mission pour continuer à promouvoir l’idéal olympique. Pour postuler, il est vivement conseillé d’être issu de la grande aristocratie pour "pouvoir disposer de temps libre", selon le souhait de feu le Baron Pierre de Coubertin, de ne pas être une femme (le CIO est composé de 99% d’hommes), d’être ministre ou député dans son pays d’origine et éventuellement d’avoir pratiqué dans sa jeunesse une activité sportive. Si malgré ces conseils vous ratez la présidence, vous pourrez toujours vous contenter d’une place de membre du CIO. A la différence du poste de président vous n’êtes malheureusement pas domicilié à Lausanne mais, en contrepartie, vous n’êtes pas obligé de dormir avec les athlètes au village olympique.

 

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Le TOP 10 des scandales


Pots-de-vin, trafic d’influence, cynisme, avantages en nature… Palmarès des records olympiques.


Médailles de bronze :

 

- Aux JO de Salt Lake City en 2002, une juge française est accusée d’avoir été complice d’un arrangement avec certains de ses collègues pour priver les Canadiens d’un titre de patinage artistique en échange d’une victoire en danse sur glace pour les Français. Elle a été suspendue jusqu’en 2005 avec interdiction de participer aux prochains jeux d’hiver de Turin.

 

- En 2002, aux JO de Sydney, le gouvernement australien a exigé l’expulsion de deux invités directement accrédités par le CIO. L’un était un ressortissant chinois lié au crime organisé, l’autre, selon les enquêteurs australiens, un membre de la mafia russe.

 

- A l’occasion de son départ de la présidence du CIO en 2001, Samaranch a écrit au président de la République ivoirienne afin de regretter que le général Lassena Palenfo ne puisse pas assister à son très officiel pot d’adieu… ce dernier était en prison pour tentative de meurtre. Un an avant, Samaranch était déjà intervenu auprès du gouvernement indonésien pour faire libérer Mohammed Hassan, un membre du CIO condamné à deux ans de prison pour corruption.

 

Médailles d’argent :

 

- En février 2000, l’Australien Kevin Gosper, membre du CIO, est accusé d’avoir reçu pour près de 30 000 dollars de cadeaux de la part du comité de candidature de Salt Lake City. Le président du CIO, Juan Antonio Samaranch, sera convoqué par le FBI.

 

- "L’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur (…) la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels", proclame la Charte Olympique. Du côté des médaillés français, Guy Drut, éminent membre du CIO, est mis en examen depuis 1999 pour recel d’abus de confiance dans le cadre de l’enquête sur les marchés publics du conseil régional d’Ile-de-France entre 1991 et 1995.

 

- De 1986 à 2001, le Canadien Richard Pound, vice-président du CIO, percevait 200 000 dollars par an en moyenne, pour ses " conseils et services en matière juridique ", en vertu d’un accord avec le président du CIO et malgré la règle affichée du bénévolat pour tous les membres du CIO.

 

- En 2001, au " Vrai Journal " de Karl Zero, l’homme d’affaires André Guelfi, condamné en première instance dans l’affaire Elf Aquitaine, affirme avoir permis à Moscou d’obtenir les JO de 1980 et d’avoir fait perdre Paris contre Pékin pour 2008. Une enquête a été ouverte par la justice française.

 

Médailles d’or :

 

- En 1968, dix jours avant l’ouverture des Jeux de Mexico, l’armée tire sur des manifestants étudiants et fait 300 morts. Le président du CIO, n’y voit qu’une "affaire intérieure" (sic).

 

- En novembre 1998, Marc Hedler, un membre du CIO révèle l’existence de pots-de-vin pour plus de 10 millions de dollars au moment de l’attribution des jeux d’hiver à Salt Lake City en 2002. Il affirme que ces pratiques existent depuis au moins dix ans. Quatre membres du CIO démissionnent, six autres sont exclus pour corruption et une dizaine d’autres officiellement " avertis ". Selon Tom Welch, chargé de verser les pots-de-vin pour le comité d’organisation de Salt Lake City, " 80% des membres du CIO auraient dû être exclus ".

 

- En juin 2004, le sud-coréen Kim Un-Yong, vice-président du CIO, est condamné à deux ans et demi de prison pour corruption et 555.000 euros d’amende. La police avait découvert à son domicile plusieurs millions de dollars destinés, selon lui, à convaincre les autorités des deux Corées de défiler sous une bannière commune lors des jeux Olympiques de Sydney en 2000

 

 

19 Janvier 2011 - Marianne

 

BMW régale le Comité olympique français

 

Le partenariat entre BMW et le Comité national olympique français fait la part belle aux huiles du mouvement sportif «amateur». Plutôt que des ressources nouvelles pour les associations sportives, en espèces sonnantes et trébuchantes ou en équipements, le constructeur bavarois met à la disposition du Comité une trentaine de véhicules... pour commencer.

 

Qui veut – ou plutôt qui ne veut pas - rouler aux frais de la princesse en BMW pendant au moins quatre ans ? Ce mercredi 12 janvier, lors de la clôture d’une réunion des 28 fédérations olympiques au Comité national olympique français (CNOSF), seuls deux participants ont refusé l’offre généreuse de Denis Masseglia.

 

Le président du Comité avait pourtant dans sa besace de quoi ravir, pour lui, et la quarantaine de dirigeants présents, les 9 membres du bureau, ainsi qu’une grosse trentaine d’huiles des fédérations olympiques : de rutilants 4x4 issues de la série X. Comme la X3 d’entrée de gamme à 41 300 euros. 


 

Tentant sauf pour Bernard Amsalem, Président de la Fédération Française d'Athlétisme et Jean-Luc Rougé, Fédération Française de Judo qui ont décliné l’offre, par vertu ou prudence…. Sont-ils les seuls ? Nous devrions le savoir sous peu…

 

Une trentaine de véhicules, pour commencer

 

Les modalités du partenariat, conclu en décembre dernier, nous ont été confirmées par Jordanne de Tissandier, de BMW France : « On accompagne déjà des athlètes, comme Tony Estanguet, le champion de canoë. Il est normal qu’en tant que partenaire de Londres 2012, nous soyons aussi impliqués avec le Comité olympique Français. Pour commencer, une trentaine de véhicules ont été mis à sa disposition»

 

Bien sûr, l’opération est parfaitement légale, ce que ne manquent pas d’arguer les bénéficiaires. « BMW met effectivement à disposition un certain nombre de véhicules. Mais ce type de partenariat, classique dans le monde du sport, prévoit également une partie en cash », précise-t-on au CNOSF. Mais est-il « éthique », comme on dit aujourd'hui, de voir l'essentiel de ces ressources améliorer avant tout le confort des notables olympiques plutôt que de remplir les caisses du sport amateur, alors que les fédérations manquent de fonds pour le transport ou l’équipement des gamins dans les clubs municipaux ?

 

La meilleure preuve de ce que les dirigeants ne sont pas très fiers de ce deal se lit dans l’absence de toutes références aux modalités de ce partenariat dans le communiqué de presse commun au constructeur et au CNOSF. Pas un mot sur les voitures. Pas de montant en jeu.

 

Le CNOSF, représentant en France du fameux Comité international olympique, n’a pas à rougir de son mandant. Même s'il fait « petit bras » face au CIO.

Rien ne sert de courir, il vaut mieux une BMW.

 

 

Octobre 2010UFC Que Choisir

 

Que Choisir - Jeux Olympique, Le revers de la médaille
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23 Mai 2010 - Libération

 

Arrêtons immédiatement de construire des stades en Europe !

Par GÉRARD BRICHE philosophe, français,

EDUARDA DIONISIO, écrivain portugais,

JEAN-PIERRE GARNIER sociologue, français,

CLAUDE JAVEAU sociologue belge,

ANTONIN KOSIK philosophe tchèque,

VÉRONIQUE NAHOUM-GRAPPE anthropologue française,

MARC PERELMAN sociologue, français,

RICHARD SENNETT sociologue britannique,

PATRICK VASSORT sociologue, français.


Des pays désormais enfoncés dans une crise économique permanente et structurelle, à l’instar du Portugal et de la Grèce, montreraient-ils l’exemple ? Il ne s’agit pas ici de leur entrée en résistance contre la mise en péril de leur propre économie du fait d’une gestion hasardeuse et d’un contexte de spéculation monétaire planétaire, mais de l’initiative politique originale d’Augusto Mateus, ancien ministre portugais de l’Economie, appelant à livrer les stades de l’Euro 2004 aux démolisseurs. Cette proposition contribue à éclairer d’un puissant coup de projecteur le caractère dispendieux, voire délirant, des dépenses publiques en matière de sport et de football, en particulier au moment où justement l’Europe traverse une crise dévastatrice. Tant les coûts de fabrication des stades que leur entretien permanent, ou la maintenance générale des sites pour des lieux la plupart du temps vides représentent des pertes d’argent colossales ressemblant de plus en plus à des trous béants dans les budgets d’Etat. Or, si la destruction des stades ne colmatera pas vraiment les larges brèches par lesquelles s’écoulent à jet continu les flux d’argent, cette décision cesserait d’enfoncer un peu plus les pays d’accueil des grandes compétitions sportives dans un abîme financier aux terribles conséquences. On reste par exemple perplexe sur l’état financier des 18 clubs de football anglais de Premier League dont l’endettement global s’élève à 4 milliards d’euros (le club de Portsmouth a fait faillite et est placé en redressement judiciaire).

 

Faut-il aussi rappeler que les Canadiens viennent seulement en 2006 de finir de payer la note des Jeux olympiques de Montréal de 1976; il aura fallu vingt-cinq ans pour que les Grenoblois règlent la facture des Jeux d’hiver de 1968; les Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, ont coûté aux contribuables grecs 9 milliards d’euros, soit 5 % des richesses produites par la Grèce par an, laissant par ailleurs un monceau d’installations sportives en jachère; selon la BBC, le coût des prochains Jeux d’été de Londres de 2012 a déjà quadruplé… Et on pourrait multiplier les exemples, qui tous démontrent, que le sport non seulement n’est pas une source de revenus - la manne du tourisme est encore une belle illusion - mais qu’il constitue aussi et surtout une source de dépenses à la façon du tonneau sans fond des Danaïdes, les stades représentant le summum des investissements inutiles. Bref, dans le sport, plus on dépense de l’argent et plus il en faut, les stades étant le puits sans fond de cet immense gâchis. Pour la prochaine Coupe du monde de football en Afrique du sud, qui se déroulera du 11 juin au 11 juillet, les cinq nouveaux stades et les cinq stades rénovés auront coûté 1 milliard d’euros avec un coût global des dépenses s’élevant à 7 milliards pour seulement 3,7 de recettes, soit 30 % de dépenses de plus que prévu initialement. D’ailleurs une étude de la Bank of America-Merril Lynch a analysé qu’entre 1954 et 2006 les pays organisateurs de compétitions avaient enregistré une croissance économique inférieure à leur rythme habituel sans compter le nombre d’heures de travail perdues au moment de la retransmission des matchs eux-mêmes !

 

Le 28 mai, la décision sera prise pour désigner qui, de la Turquie, de l’Italie ou de la France accueillera l’Euro 2016. Pour la France, il faut encore faire la preuve que le 1,74 milliard d’euros prévu pour les travaux de construction et de rénovation des douze stades sélectionnés sera suffisant. Que signifient toutes ces nouvelles folles dépenses en France et dans une Europe en proie au vertige de la récession et du déclin des économies nationales et de leur Union ? Que peut vraiment le stade, aujourd’hui, dans cette crise qui risque de précipiter les économies nationales vers la faillite ? Car on nous présente en effet le stade comme un «espace de vie», un «espace de rencontre», le lieu de réjouissance des familles, et il représente, selon les propos de Jacques Herzog, l’un des deux architectes du stade olympique de Pékin (le «nid d’oiseau»), un «espace démocratique», tandis que Philippe Séguin l’avait élevé au niveau d’un lieu d’«intérêt général» pour la France.

 

On le sait, le stade n’est pas une enceinte indifférente au contexte sociopolitique, un espace neutre, un simple outil, un lieu d’accueil des compétitions sportives. Le stade est bien autre chose qu’un cadre architectural efficace. Le stade est partout en Europe le lieu d’incubation des pires violences, là où couvent les comportements les plus répugnants et ce, quoi qu’en disent nombre de politiciens, de pseudo-sociologues et de pseudo-spécialistes toujours prêts à minimiser sa réalité effroyable : xénophobie, antisémitisme, racisme, concentration massive de toutes les bêtises, de toutes les violences… Or, cette réalité est mise en œuvre non par quelques dizaines d’hurluberlus mais par des milliers d’individus regroupés en troupes d’assaut et en proie à un déchaînement pulsionnel sauvage. Si bien qu’aujourd’hui, dès qu’on parle de stade, sont immédiatement associés à son image un ensemble d’éléments de répression venant en conséquence directe d’actes répréhensibles commis en leur sein ou à leurs alentours. Le Public order Act anglais (1986) interdit ainsi de stade les éléments violents connus des services de police ; il fut suivi par le Football offences Act (1991) qui punit de peines de prison les individus se livrant à des chants racistes et injurieux, jetant des objets sur les joueurs ou encore des supporters envahissant le terrain; en France, le projet de loi Hortefeux prévoit d’interdire temporairement les déplacements de supporteurs de football; la vidéosurveillance est généralisée dans la plupart des stades et à leurs abords comme est généralisée la mise en place d’un fichier national des interdits de stade et que se développe la trace informatique des spectateurs; sans parler des écoutes téléphoniques, des filatures, des infiltrations des bandes et le recours, encore en Angleterre, aux «spotters», des chasseurs de faciès spécialisés dans l’identification des individus à risque.

 

Autrement dit, le stade, comme nous le montrera sans doute la Coupe du monde en Afrique du Sud cet été, c’est la fête…

 

 

19 Juin 2007 - Marianne

 

Le travail forcé est-il soluble dans l'olympisme ?

 

Les autorités olympiques sont-elles au courant de l'exploitation d'enfants pour fabriquer les produits sous licence des jeux Olympiques de Pékin, en 2008?

Le scandale vient d'être confirmé par Lekit Stationery, l'une des sociétés incriminées. Elle fabrique des articles frappés du logo des Jeux de Pékin. Selon son directeur, durant les vacances scolaires, des enfants de 12 et 13 ans ont travaillé dans une usine de l'un de ses sous-traitants à Dongguan (dans le sud de la Chine). Ils étaient rémunérés 1,80 Euros par jour.

 

Le Comité international olympique (CIO) s'est indigné et a promis de faire toute la lumière sur l'affaire. Le Comité d'organisation des JO de Pékin (Bocog), lui, ne mentionne même pas ce scandale sur son site Web. Quelle est la part d'indignations simulées dans la réaction des autorités olympiques? Toutes les usines pointées du doigt ont reçu leur accréditation et leur licence des instances officielles de l'olympisme. Un rapport de la Confédération syndicale internationale (CSI) dénonce les abus dans les usines chinoises fournissant sacs, casquettes et articles de papeterie estampillés JO.

 

Il est donc difficile de croire que le CIO ne soit pas au courant d'une pratique connue de tous. 

 

 

11 Août 2004 - Le Monde

 

A Athènes, les dix commandements du spectateur olympique

Déjà rebutés par le prix, excessif selon eux, des tickets d'entrée pour les compétitions, toujours en butte aux tracasseries administratives et policières inhérentes à l'organisation d'un tel événement, les Athéniens ont découvert avec un rien d'agacement les règles de conduite imposées par les sponsors aux heureux élus pouvant assister aux Jeux. Déjà édictées lors des précédentes olympiades, ces mesures ont été sophistiquées à Athènes jusqu'à devenir le nouveau décalogue du parfait spectateur olympique. Hasard ou volonté délibérée : ces commandements sont en effet au nombre de dix, comme ceux que Dieu dicta à Moïse.

 

"Jamais ta propre eau n'apporteras" : la première interdiction concerne l'eau, source de vie. Les spectateurs n'auront pas le droit d'emmener avec eux leur bouteille, ou même leur gourde, puisqu'à l'intérieur des enceintes olympiques ils pourront acheter des bouteilles d'Avra, une eau minérale grecque, propriété du groupe Coca-Cola. Celui-ci a aussi inspiré le deuxième commandement : toujours sous peine d'amende, il sera interdit d'apporter toute autre boisson dans les stades. Hors Coca-Cola, point de salut !

 

Le reste se décline à l'identique, avec quelque dangereuse plongée dans l'absurde. Il sera ainsi interdit d'entrer dans les stades avec de l'alcool, non pas par une saine prophylaxie, mais pour permettre à Heineken d'écouler ses bouteilles de bière. Même logique pour le quatrième commandement, relatif à la nourriture : "Seulement McDo pourras manger". Impossible d'entrer avec son sandwich, son croissant ou son reste de pita. Les nouveaux maîtres du monde ont aussi décidé de la manière de se vêtir puisque les spectateurs n'auront pas le droit de porter des T-shirts, chapeaux, sacs, provenant d'entreprises concurrentes des sponsors.

 

Malheur aussi à celui - sixième commandement - qui sera pris avec la contrefaçon d'un article "Athènes 2004". Voué aux mêmes gémonies, et dans la trappe du père Ubu, le déviant qui n'aura pas de carte de crédit Visa : les distributeurs de billets olympiques n'accepteront aucune autre carte ! Pas le droit non plus - huitième et neuvième commandement - d'entrer avec des drapeaux de pays ne participant pas aux Jeux et de distribuer des tracts publicitaires. Pour les pauvres d'esprit qui n'auraient pas compris, le dixième commandement stipule enfin qu'il sera interdit de faire de la publicité pour les entreprises ne sponsorisant pas les jeux.

 

S'ils veulent se comporter en ayatollahs inflexibles, et connaissant le tempérament volontairement frondeur des Grecs, les agents chargés de faire respecter la Loi ne sont pas au bout de leur peine. Permettront-ils ainsi d'entrer à un enfant portant sur son T-shirt un minuscule logo de Pepsi-Cola ? Ostensible ou ostentatoire, le logo ? On attend l'avis de la commission juridique de l'ONU.

 

José-Alain Fralon

 

 

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